Ce que nous apprend le mal-être des enseignants

La DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) vient de publier son deuxième baromètre du bien-être au travail. Il mettant en lumière des aspects cruciaux concernant le quotidien professionnel des enseignants. Cette étude s’est concentrée sur les métiers de l’éducation, révélant des résultats frappants qui méritent une analyse approfondie.

J’ai récemment été invitée par SQOOLtv pour exposé mon point de vue sur la question. En voici les elements principaux.

L’enseignement, un métier de vocation

Il est indéniable que l’enseignement est l’un des rares métiers choisis par vocation. Les enseignants accordent une grande importance au sens qu’ils attribuent à leur travail, un aspect souvent difficile à définir, surtout pour les jeunes qui se dirigent vers cette profession. Pourtant, malgré cette motivation intrinsèque, le niveau de satisfaction des enseignants demeure faible, ce qui soulève des questions cruciales sur la nature du bien-être au travail.

Le why ne suffit pas

Cette constatation met en lumière une notion essentielle : le bien-être au travail est une notion holistique. Même en ayant un fort « pourquoi » (WHY) comme motivation initiale, il est crucial de posséder également un « quoi » (WHAT) et un « comment » (HOW) solides. Cependant, dans le domaine de l’éducation, ces éléments sont souvent soumis à des changements fréquents, dictés par les fluctuations politiques et administratives.

Appliquons le célèbre concept du « Golden Circle » de Simon Sinek, le modèle WHAT-HOW-WHY, à l’éducation. On constate alors un décalage entre un WHAY très fort et un WHAT et un HOW extremement. fragilisés. Les orientations et les méthodes pédagogiques définies par le ministère de l’Éducation nationale fluctuent au gré des changements de gouvernement. Cela crée un environnement de travail instable et parfois déconcertant pour les enseignants.

Les résultats du baromètre du bien-être au travail des enseignants de l’éducation nationale révèlent une insatisfaction généralisée :

  • La satisfaction professionnelle est inférieure à la moyenne nationale.
  • Les perspectives de carrière, la rémunération et la charge de travail suscitent également peu de satisfaction.
  • Le sentiment d’épuisement est palpable parmi les enseignants.
  • L’équilibre entre vie professionnelle et personnelle est également un point de préoccupation majeur.

Une souffrance qui s’accentue avec le temps

En analysant les leviers de satisfaction en fonction de l’ancienneté, l’étude révèle des écarts significatifs en fonction de l’ancienneté. Elle met en lumière la détérioration du sens donné au travail avec l’expérience.

Ce constat met en lumière une réalité préoccupante. Les insatisfactions liées aux conditions de travail impactent directement le sens profond que les enseignants accordent à leur profession. De plus, l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle émerge comme un élément crucial pour les enseignants les moins satisfaits. Ce qui souligne leur quête d’épanouissement en dehors du travail.

Ainsi, malgré la valeur intrinsèque de la transmission du savoir propre à l’enseignement, les difficultés découlant du manque de clarté, de stabilité et d’échanges au sein du système éducatif altèrent considérablement le bien-être des enseignants.

Quelles solutions ?

Si l’on transpose à l’école le modèle du WHY HOW WHAT, généralement appliqué aux entreprises, que voit-on? Le WHAT et le HOW qui sont définis par le comité de direction, à savoir ici, le ministère de l’éducation nationale, changent au gré des changements de ministres de l’éducation, c’est-à-dire très souvent. Au cours du 2ème quinquennat Macron, 4 ministres de l’éducation se sont succédé. En d’autres termes, il y a trop de changements et trop d’instabilité.

Le WHAT,  ce sont les éléments constitutifs projet de l’entreprise « école ». Ils fluctuent au gré des changements de ministres de l’éducation nationale.

Idem pour le HOW, qui regroupe l’ensemble des règles du jeu, comme les méthodes pédagogiques à appliquer, l’organisation du travail, – par exemple les classes de niveaux annoncées sans plan de mise en place associé.

Ainsi, les résultats du baromètre du bien-être au travail dans l’éducation montre bien que la satisfaction obtenue par la valeur « transmission de savoirs » qui est propre à l’enseignement ne fait pas le poids face aux difficultés suscitées par le manque d’échanges, de clarté et de stabilité du “projet d’Ecole” proposé.

Ils soulignent également la nécessité urgente de réévaluer et stabiliser les politiques et les pratiques éducatives afin de créer un environnement professionnel plus serein, transparent et gratifiant pour les enseignants. Seule une approche globale et holistique pourra garantir le bien-être et l’épanouissement des acteurs essentiels de notre système éducatif.

Le replay de l’intégralité du débat sur SQOOLtv

 

Pour en savoir plus sur mon experience et les apprentissages que j’ai retiré de cette experience de débat télévisé, je vous invite à lire l’article que j’ai consacré au sujet: Comment gérer son stress lors d’une prise de parole en public.